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SOPHIEMOURON

Mes propositions, que ce soit les photographies, vidéos, interventions dans l'espace ou travaux sonores, s'attachent principalement à souligner des passages, comme les signes de possibles, plutôt que des états, à relever des infra-perceptibles. Plus qu'à affirmer, calibrer et poser, je m'emploie à soulever et déplacer, à dé-caler et dé-poser.

Avec une prédilection pour l'infime et pour le murmure, j'appelle à des pauses contemplatives. A l'écart du tumulte, j'invite à guetter et observer la fragilité des choses, leur incertitude, leur furtivité et leur magie aussi.

Parce que tout est matière, le vide, l'avant, l'après, l'espace et parce que c'est dans les intervalles et dans les vacillements que les choses apparaissent...

Invariablement, j'accorde la même attention à ce qui se voit -s'entend- et ce qui ne se voit pas ou bien pas encore, comme une promesse... ou alors plus, ne laissant qu'une trace sinon un souvenir, une absence...

Je cultive sans répit l'infinitésimal, le à peine et l'entre-deux, le hors-champ, la brèche. Et, d'un pas de côté, j'excentre le regard que l'on pose habituellement sur des territoires familiers, le détourne comme vers des terrains inconnus, là où, peut-être, on se découvrirait une altérité.

 

Car mes travaux se définissent dans notre rapport, sensoriel, psychique, culturel, à "l'alentour" : ce qui nous environne, ce qui nous pénètre, nous effleure ou nous submerge... ce qui nous regarde, comme le pointe Georges Didi-Huberman, ce que nous créons du monde.

J'y éprouve les mécanismes et mécaniques d’identification, de nomination, de reconnaissance et de conditionnement, d'adhésion et de sujétion.

Ils s'inscrivent dans des dispositifs spatiaux et temporels qui soumettent à l'attention du spectateur sa propre présence, ses certitudes et puis ses manques.

 

J'ai recours à des protocoles, notamment dans les séries photographiques (Une seconde avant... une seconde après, les Parcours et déplacements,  les Variables...) lesquels protocoles, supposés déterminer et donner la mesure de la réalité à l'oeuvre, sont souvent illusoires. A l'issue hasardeuse, parfois vains ou absurdes, ils sont autant de prétextes à interroger la façon dont nous nous saisissons du monde et l'organisons, à commencer par les paramètres élémentaires et fondamentaux que sont l'espace et le temps.

Je m'applique aussi à sonder les limites de notre irrésistible idéal de maîtrise, de notre constante et donc ma propre ambition de contrôle : soit que j'assujettisse étroitement la perception de l'oeuvre à l'effort et au désir du regardeur, la rencontre pouvant ne pas avoir lieu (Dessins muraux, travaux sonores, projets dans l'espace...) soit que je ménage ce qui est susceptible de m'échapper au cours des processus que j'opère et me dépossède en partie de l'issue de ceux-ci (Variables, Carrefour, travaux sonores...).

Dans une certaine mesure enfin, je contourne, en tant qu'auteur, l'enjeu de l'accomplissement. Le narratif ne se profile que pour être suggéré, comme une invite, et, dans les travaux photographiques en particulier, j'élude métaphores ou significations et me garde autant que possible d'une fâcheuse tentation de hiérarchisation et de jugement esthétique.

Une façon peut-être de résister à ce qui est visible, de me livrer à une quête de sens qui outrepasse l'image et passe par la mise en doute, motif constitutif de mon travail. 

 

 

 

 

Sophie Mouron

 

 

 

 

 

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